Protech et protecte

Ou comment ne pas fixer l’enfer

10/20/20262 min read

Protech et protecte:Ou comment ne pas fixer l’enfer

On peut aimer la technologie.

On peut vouloir qu’elle s’intègre au vivant, qu’elle l’accompagne, qu’elle aide un corps à rester incarné plus longtemps, plus juste, plus libre. Ce n’est pas une trahison. C’est même, pour certains, une forme de soin.

Mais aimer la technologie ne signifie pas accepter n’importe quoi.

Il y a des règles. Elles ne sont pas inventées pour freiner le progrès ; elles sont déjà là, dans le vivant lui-même. Des seuils, des rythmes, des limites de toxicité, des conditions d’adaptation. Quand on veut qu’une prothèse — matérielle, biologique, ou les deux — soit accueillie et non rejetée, on ne lui injecte pas de poisons. On ne force pas ce qui doit respirer. On ne stoppe pas le cycle de la vie en croyant stopper l’enfer : on ne fait que le fixer.

Les gens font souvent un melting-pot. Ils prennent tout ce qui brille sous le nom de « transhumanisme » et en font un seul monstre. Pourtant, dans le cercle, les visions divergent. Certains rêvent de dépasser le corps, d’autres de le restaurer. Certains veulent accélérer, d’autres veulent ralentir pour mieux intégrer. Certains acceptent de bricoler sans limite, d’autres savent que le vivant a ses propres lois et qu’on ne les contourne pas sans conséquence.

Vivre avec un handicap et une prothèse, ce sont des réalités que la plupart ne connaissent pas. J’ai toujours eu autour de moi des personnes avec différents handicaps et différentes prothèses. Ça oriente le regard. Ça rend l’aide artificielle plus humaine, moins abstraite. Dans notre entourage, il y a déjà de la technologie pour le cœur, pour l’audition, pour le diabète. Des aides qui tiennent la vie. Pas qui la remplacent. Et ça devrait faire réfléchir ceux qui agitent les étiquettes trop vite, qui mélangent tout et qui construisent des monstres là où il y a simplement des vies qui s’adaptent.

Cette divergence n’est pas un détail. C’est le cœur de la question.

Et elle est vraie pour toutes les idées. Pas seulement pour la technologie. Pour la médecine, pour l’éducation, pour la spiritualité, pour la politique, pour l’amour. On mélange trop vite ce qui ne se mélange pas, et on construit des monstres là où il y avait simplement des chemins différents.

Alors, comment enseigner le relativisme ?

Pas comme une indifférence. Pas comme un « tout se vaut ». Mais comme des lunettes à porter tout le temps. Des lunettes qui permettent de voir que deux personnes peuvent parler du même mot — « progrès », « soin », « liberté », « incarnation » — et ne pas parler de la même chose. Des lunettes qui empêchent de figer l’autre dans un monstre trop simple.

Porter ces lunettes, c’est déjà une forme de protection.

C’est refuser de fixer l’enfer sous prétexte de le combattre.

C’est laisser au vivant la possibilité de s’adapter, de choisir, de respirer.

Et c’est, peut-être, la condition pour que la technologie, un jour, soit vraiment au service de la vie plutôt que de sa fixation.

Contact

Envoyez vos rêves, questions, ou inspirations.

Email

Téléphone

lunael@tourarcadia.com

© 2025. All rights reserved.